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2007/5/6 Sur la langue japoaiseVoici les caractéristiques de ma langue que je suis fier de parler ; mais les phrases ci-dessous sont un peu incohérentes l'une à l'autre.
Le japonais, langue commune de quelque cent vingt millions de locuteurs, emprunte au chinois une partie importante de son vocabulaire et la base de son écriture, mais ses caractéristiques fondamentales sont totalement étrangères à celles du chinois.
Le japonais est caractérisé d'une part par un système phonétique simple (syllabes ouvertes du type « une consonne + une voyelle »), d'autre part par une règle syntaxique parfaitement constante : le déterminant (élément qualifiant) précède toujours le déterminé (élément qualifié), aussi bien à l'intérieur d'une phrase simple que pour la structure d'une phrase complexe. L'élément verbal, ainsi que tout élément de caractère prédicatif, se place après tous les compléments (parmi lesquels le sujet, qui n'est qu'un élément facultatif), et l'expression du temps et de nombreux autres aspects s'effectue par une succession de particules, dans un procédé de suffixation qui s'observe dans les langues dites agglutinantes.
Les processus d'enchaînement des segments confèrent au locuteur japonais une facilité surprenante pour employer des énoncés très longs et très complexes, mais, en même temps, le système permet aux énoncés elliptiques, très fréquents aussi, d'avoir une efficacité peu commune. Mama[-wa] o-kaimono[-yo] (« Maman, achats ! »), dans la bouche d'une fillette qui garde la maison, veut dire : « Maman est allée faire ses courses, vous savez ! » sans ambiguïté possible. Aucune des indications telles que le sujet, le complément d'objet, non plus que celle du nombre ou du genre, n'étant essentielle, il suffit, à la limite, de prononcer juste le « groupe » dont l'utilisation s'impose dans une situation particulière.
Suffixes formatifs, assurant la « dérivation » pour définir les aspects les plus immédiats (potentiel, factitif, passif ; ce dernier indique traditionnellement que le locuteur « subit » une action faite par un autre : lorsque, par exemple, quelqu'un meurt et que cette perte vous touche, on emploiera le passif de « mourir »).
Particules connectives, marques du rapport logique du segment précédent avec le reste de l'énoncé, ou particules finales, qui actualisent la phrase tout en exprimant la nuance de l'énoncé (étonnement, doute, interrogation, demande de consentement, persuasion, etc.).
Notons aussi une richesse exceptionnelle de mots assimilables aux onomatopées, qui suggèrent non seulement les sons, mais aussi les manières, l'état, l'impression ou les sensations, ajoutant ainsi à la langue parlée et même à la langue purement littéraire un pouvoir évocateur surprenant. En outre, tout vocable d'emprunt (chinois ou occidental) passe systématiquement dans la classe des mots invariables, quelle que soit sa catégorie d'origine, avec un sens souvent différent de son emploi initial : start (de l'anglais, transcrit sutato) signifie « départ » (des athlètes) ou « mise en route » (du moteur ) ; avec (du français, transcrit abekku) désigne « un couple d'amoureux ». Pour que ces mots soient intégrés dans la phrase, il est nécessaire de les combiner avec des éléments japonais : sutato-suru (suru : « faire ») correspond à « partir » ; abekku-de aruku (de marque l'état, aruku : « marcher ») signifie « se promener à deux ». Ces quelques exemples montrent que la langue japonaise, malgré l'importance des apports étrangers, garde intactes ses caractéristiques morpho-syntaxiques.
Les dialectes, fort nombreux, sont en régression sous l'influence de l'enseignement, de la radio et de la télévision, qui tendent à faire du parler de Tokyo la langue commune des cent vingt millions de Japonais. Mais paradoxalement, on constate l'absence quasi totale d'une grammaire normative, et le japonais reste une langue qui évolue rapidement, sur le plan du style et du vocabulaire, avec des néologismes lancés sans cesse par la publicité, par les magazines hebdomadaires ou par certaines émissions télévisées.
e fait le plus marquant en japonais est l'existence d'un système complexe exprimant les relations de politesse, avec une finesse sans doute unique au monde. Pour pouvoir seulement comprendre le processus, il convient de distinguer au moins trois notions différentes :
- Politesse du style, indiquant que l'on parle très poliment, poliment ou d'une manière neutre. Le style « poli » est utilisé dans les correspondances et dans tous les cas où l'on dirait « vous » en français au lieu de « toi » pour désigner son interlocuteur. Le style « neutre » s'emploie dans les écrits qui ne supposent pas un lecteur personnalisé (récits, circulaires administratives, etc.), ainsi que dans les conversations intimes (cas du tutoiement français). - Expressions de « respect », employées pour décrire tous les faits et gestes de la personne à qui le locuteur doit le respect, réel ou conventionnel. La « deuxième personne » des langues européennes est indiquée grâce à ces expressions. - Expressions de « modestie », employées dans le style « très poli » pour les faits et gestes du locuteur lui-même, par égard pour son interlocuteur. Ainsi, ces expressions de politesse représentent un système cohérent qui remédie à la carence du japonais en matière d'expression de personnes. La prosodie a une grande importance pour la compréhension du sens et pour la segmentation de la phrase. Le « groupe », unité prosodique, est en même temps une unité structurale et logique minimale. À l'intérieur d'un groupe donné, chaque « syllabe » est marquée par l'un des deux niveaux, « haut » ou « bas », et la différence du « ton » sert souvent à distinguer les « homonymes ». Comme exemple extrême, la phrase à groupe unique Hashi-desu, selon le ton, peut avoir trois sens différents : |
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